On m’a posé la question l’autre jour : « Pierre, un LEP plein, ça rapporte vraiment quelque chose… ou c’est juste un Livret A avec un peu de maquillage ? »
La réponse tient en un mot : oui. Et même beaucoup plus qu’un Livret A. Mais pour vraiment mesurer l’intérêt du LEP, surtout quand il est plein, il faut sortir la calculette, regarder les taux, les plafonds, et comparer avec les autres livrets réglementés.
On va donc voir ensemble combien rapporte un LEP plein, avec des calculs simples, quelques simulations réalistes, et un comparatif clair avec le Livret A et le LDDS. Sans blabla, sans brouillard bancaire, et avec un peu de bon sens patrimonial.
Rappel express : c’est quoi un LEP, et qui peut en profiter ?
Le Livret d’Épargne Populaire (LEP), c’est un peu le livret d’épargne « premium » réservé aux revenus modestes. L’État a décidé, pour une fois, de mieux rémunérer ceux qui en ont le plus besoin. Résultat : un taux souvent nettement supérieur à celui du Livret A.
Au moment où j’écris ces lignes, le LEP affiche un taux de rémunération de 5 % net par an. Net, car comme pour le Livret A :
- les intérêts du LEP sont exonérés d’impôt sur le revenu
- et exonérés de prélèvements sociaux
C’est donc du vrai net, pas du « net avant surprise fiscale l’an prochain ».
En contrepartie, tout le monde n’y a pas droit. L’ouverture d’un LEP est soumise à des conditions de revenus. Vous devez fournir votre avis d’imposition à la banque, qui vérifie que votre revenu fiscal de référence ne dépasse pas un certain plafond, variable selon le nombre de parts du foyer.
Autre élément clé : le plafond de dépôt. Vous pouvez déposer jusqu’à :
- 10 000 € maximum en capital (hors intérêts)
Au-delà, vous ne pouvez plus faire de versements, mais les intérêts continuent de se capitaliser au-dessus de ce plafond.
Un LEP plein, c’est donc un LEP avec 10 000 € de capital versés. C’est notre base de calcul.
Combien rapporte un LEP plein sur un an ?
Partons sur un cas simple : vous avez déjà un LEP, vous remplissez le plafond de 10 000 € dès le début de l’année, et vous laissez l’argent dormir à 5 % net.
Intuitivement, le calcul est rapide :
10 000 € × 5 % = 500 € d’intérêts net par an.
C’est la vision « année pleine, taux stable, pas de retraits ». En pratique, deux éléments méritent d’être précisés :
- Les intérêts sont calculés par quinzaine (comme sur le Livret A) : toute opération (versement ou retrait) ne produit des intérêts qu’à partir de la quinzaine suivante.
- Les intérêts sont versés au 31 décembre, et viennent s’ajouter au capital. Ils peuvent donc faire « boule de neige » d’une année sur l’autre.
Mais si vous laissez vos 10 000 € tranquilles toute l’année, le résultat sera très proche de ces 500 €, à quelques euros près selon les dates exactes de versement.
On reste donc sur un ordre de grandeur de 500 € net par an pour un LEP rempli au plafond. Pas ridicule, surtout quand on compare aux autres livrets (on y vient).
LEP plein : quelle performance sur plusieurs années ?
Les livrets réglementés fonctionnent avec une capitalisation annuelle des intérêts. Avec un taux de 5 %, si le taux reste stable (hypothèse de travail, l’avenir, lui, reste joyeusement incertain), voici ce que donne un LEP plein sur la durée, si vous ne touchez à rien :
- Capital de départ : 10 000 €
- Taux annuel : 5 % net
- Intérêts capitalisés chaque année
Après 1 an :
10 000 × 1,05 = 10 500 €
Après 5 ans :
10 000 × 1,05⁵ ≈ 12 762 €
Après 10 ans :
10 000 × 1,05¹⁰ ≈ 16 289 €
Sur 10 ans, vos 10 000 € génèrent donc près de 6 300 € d’intérêts nets, uniquement grâce à un livret garanti par l’État, liquide, sans frais et sans impôt. On est loin de la tirelire en forme de cochon.
Bien sûr, les taux évolueront probablement au fil des années. Mais ce calcul donne un bon ordre de grandeur du potentiel d’un LEP plein quand les taux sont hauts.
Et si je ne peux pas le remplir tout de suite ? Simulations avec versements réguliers
Tout le monde n’a pas 10 000 € qui dorment sur un compte courant. La bonne nouvelle, c’est que le LEP est aussi très intéressant en mode « je le remplis progressivement ». Voyons deux cas concrets.
Cas 1 : 200 € par mois jusqu’au plafond
Imaginons que vous décidiez de verser 200 € par mois sur votre LEP, pendant plusieurs années, jusqu’à atteindre le plafond de 10 000 €. On reste sur un taux de 5 % net, intérêts capitalisés annuellement pour simplifier.
Sans intérêts, vous mettriez 10 000 € ÷ 200 € = 50 mois, soit un peu plus de 4 ans, pour atteindre le plafond. Avec les intérêts qui travaillent, vous y arriverez un peu plus vite, mais gardons cette base pour comprendre l’ordre de grandeur.
À la fin de la 1ʳᵉ année :
- Vous avez versé : 200 € × 12 = 2 400 €
- Intérêts approximatifs sur l’année (en tenant compte du fait que l’épargne se constitue progressivement) : environ 60–70 €
- Vous vous retrouvez autour de 2 460–2 470 €
Au bout de 3 ans :
- Vous avez versé : 7 200 €
- Avec les intérêts qui se cumulent, vous serez plutôt autour de 7 700–7 800 € (ordre de grandeur)
Vers 4 ans, vous atteindrez le plafond des 10 000 € versés, mais votre solde total (capital + intérêts) sera déjà au-dessus.
Conclusion pratique : même si vous partez de zéro, remplir un LEP progressivement reste très rentable, surtout à ces niveaux de taux.
Cas 2 : je mets 5 000 € tout de suite, puis 100 € par mois
Autre scénario classique : vous disposez d’une épargne de précaution déjà constituée, disons 5 000 €, que vous placez immédiatement sur le LEP, puis vous ajoutez 100 € par mois.
Au bout de 1 an :
- Capital de départ : 5 000 €
- Versements mensuels : 1 200 €
- Base de calcul moyenne ≈ 5 600–5 800 €
- Intérêts approximatifs : autour de 280–300 €
Vous vous retrouvez rapidement à plus de 6 500 €, et le plafond des 10 000 € sera atteint en un peu plus de 4 ans. Mais avec un rendement bien plus généreux que celui du Livret A.
LEP vs Livret A : le match sur un livret plein
Maintenant, comparons le LEP au Livret A, le chouchou des Français. On va se contenter de la configuration la plus simple : 10 000 € placés sur un an, sans mouvement, et on regarde.
Hypothèses :
- LEP : 5 % net
- Livret A : 3 % net (taux en vigueur courant 2024)
- Montant placé : 10 000 €
- Durée : 1 an
Résultat :
- LEP : 10 000 × 5 % = 500 € d’intérêts
- Livret A : 10 000 × 3 % = 300 € d’intérêts
Écart : 200 € de différence par an, pour la même somme, le même risque (nul, ou presque), la même liquidité, la même garantie, et la même fiscalité (0 %).
Sur 10 ans, en supposant des taux constants (ce qui n’arrivera probablement pas, mais jouons le jeu) :
- LEP à 5 % : ≈ 16 289 € (intérêts ≈ 6 289 €)
- Livret A à 3 % : 10 000 × 1,03¹⁰ ≈ 13 439 € (intérêts ≈ 3 439 €)
L’écart cumulé monte à près de 2 850 € en faveur du LEP. Pour un livret d’épargne « sans risque », c’est énorme.
Donc si vous avez les conditions pour ouvrir un LEP et que vous laissez encore 10 000 € sur Livret A « par habitude », disons que votre banquier ne vous rappellera pas pour corriger cette erreur.
LEP vs LDDS : même combat… mais sans le bonus
Le LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) a exactement le même taux que le Livret A. Même mécanique, même fiscalité. La seule différence notable est son plafond de dépôt (12 000 €), et le discours marketing autour du « développement durable ».
Mais pour le rendement, si on compare :
- LDDS à 3 % : pour 10 000 €, vous gagnez 300 € par an
- LEP à 5 % : pour 10 000 €, vous gagnez 500 € par an
Encore une fois, 200 € de plus par an en faveur du LEP, pour la même somme. Fiscalement, c’est aussi du 100 % net dans les deux cas.
Autrement dit, dans une hiérarchie patrimoniale logique :
- Si vous êtes éligible au LEP : on remplit le LEP d’abord
- Ensuite, on envisage le Livret A et/ou le LDDS pour compléter l’épargne de précaution
C’est la base avant même de parler d’assurance-vie, de PEA ou d’immobilier.
LEP vs autres placements sans risque (fonds euros, comptes à terme…)
Pour être complet, comparons aussi le LEP aux autres placements réputés « sans risque », comme le fonds euros d’assurance-vie ou les comptes à terme.
En 2024, un fonds euros correct sert entre 2 % et 3,5 % brut. Brut, car :
- vous payez des prélèvements sociaux (17,2 %)
- et éventuellement de l’impôt selon votre situation (PFU à 30 % ou barème)
À rendement brut égal, le LEP est donc souvent nettement supérieur en net. Et en plus :
- vous gardez une liquidité totale (retrait possible à tout moment)
- vous évitez les frais d’entrée, d’arbitrage ou de gestion
- vous ne subissez pas les contraintes fiscales parfois pénalisantes des retraits d’assurance-vie avant 8 ans
Les comptes à terme, eux, peuvent parfois rivaliser en taux brut sur des périodes courtes quand les taux sont élevés, mais :
- votre argent est souvent bloqué
- les intérêts sont imposables (impôt + prélèvements sociaux)
Dès que l’on regarde la réalité en net et la souplesse, le LEP sort très souvent devant, tant que les taux restent à ce niveau.
Que faire si mon LEP est déjà plein ?
Un problème de riches, mais intéressant quand même. Si votre LEP est déjà au plafond de 10 000 € de capital, et que vous avez atteint un solde supérieur avec les intérêts, deux cas :
- Vous laissez tourner : dans ce cas, vos intérêts continuent à se capitaliser, et vous cumulez année après année. Parfait comme socle d’épargne de précaution « optimisé ».
- Vous avez besoin de liquidités : dans ce cas, on évite de toucher au LEP en premier. On privilégie les comptes courants excédentaires, puis les livrets moins rémunérateurs (Livret A, LDDS…), et on garde le LEP comme dernier bastion de cash rémunéré.
Le seul cas où fermer un LEP plein pourrait se discuter, c’est si vos revenus montent durablement au-dessus des plafonds et que la banque vous demande des justificatifs montrant que vous n’êtes plus éligible. Là, il faudra accepter de le laisser partir… en espérant que vous ayez d’autres leviers de construction patrimoniale.
LEP : l’outil sous-utilisé des foyers modestes… et un révélateur de priorités
Au fil des rendez-vous, j’ai remarqué un paradoxe assez amusant (enfin, façon de parler) : beaucoup de foyers modestes, pourtant éligibles au LEP, ne l’ont pas. En revanche, ils ont :
- un Livret A bien rempli (et moins rémunérateur)
- parfois un petit contrat d’assurance-vie souscrit « parce que le conseiller m’a dit que c’était bien »
- et souvent un découvert chronique sur le compte courant…
Dans l’ordre rationnel d’optimisation :
- on sécurise d’abord une épargne de précaution sur LEP si on est éligible
- on complète ensuite avec Livret A / LDDS si besoin
- on ne s’éparpille sur d’autres produits qu’ensuite (assurance-vie, PEA, etc.)
Remplir un LEP, ce n’est pas de « la petite épargne », c’est souvent la meilleure base pour remettre un ménage à flot, reconstituer une trésorerie de sécurité, et gagner un peu de rendement sans prendre de risques démesurés.
En résumé : combien rapporte vraiment un LEP plein ?
Si on récapitule les ordres de grandeur, avec un taux à 5 % net :
- Un LEP plein à 10 000 € rapporte environ 500 € net par an.
- Sur 5 ans, on arrive autour de 12 700 € (en supposant un taux stable).
- Sur 10 ans, on dépasse les 16 000 €, soit plus de 6 000 € d’intérêts nets cumulés.
- À montant égal, un LEP plein rapporte environ 200 € de plus par an qu’un Livret A ou un LDDS à 3 %.
Si vous êtes éligible et que votre LEP n’est pas encore plein, la question n’est donc pas « est-ce que ça vaut le coup ? », mais plutôt : à quel rythme je peux le remplir sans me mettre en difficulté ?
Et si vous n’êtes pas éligible, ce n’est pas grave : vous avez peut-être d’autres leviers patrimoniaux plus puissants à activer. Mais si vous l’êtes et que vous ne l’utilisez pas… disons que vous laissez 200, 300, 400 € par an sur la table. Et l’État, lui, ne vous rappellera pas pour vous le signaler.
