Chaque automne, c’est la même scène : vous ouvrez votre avis d’imposition, vous tombez sur la ligne « revenu fiscal de référence » (RFR), et vous vous demandez pourquoi elle grimpe plus vite que votre salaire. Et surtout : pourquoi tout – ou presque – en France semble dépendre de ce fameux chiffre.
Plafonds pour les aides, exonération de taxe foncière, prime d’activité, bourses étudiantes, taux du LEP, contribution à l’audiovisuel (hier), et demain… qui sait ? Le RFR, c’est un peu votre « score social » fiscal. Plus il est élevé, moins vous avez droit à des avantages. Mécanique, implacable.
La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des moyens légaux de le faire baisser. Pas en bricolant votre déclaration n’importe comment, mais en optimisant : choix de placements, arbitrages de revenus, timing de certaines opérations. On va passer tout ça au crible, calmement, sans vendre du rêve, mais avec des pistes très concrètes.
Revenu fiscal de référence : à quoi il sert vraiment ?
Le RFR, ce n’est pas juste votre revenu imposable. C’est un indicateur calculé par l’administration à partir de :
- vos revenus nets imposables (salaires, pensions, BIC, BNC…)
- auxquels on ajoute certains revenus exonérés ou déjà taxés à la source (intérêts, PEL anciens, etc.)
- et certains abattements sont réintégrés (par exemple, une partie des abattements sur les dividendes).
Pourquoi c’est important ? Parce que le RFR sert de critère pour :
- les plafonds de nombreux dispositifs (LEP, livret d’épargne populaire, chèque énergie, etc.)
- l’exonération ou non de certaines taxes locales
- l’accès à différents avantages sociaux et fiscaux
- le taux de prélèvement à la source, indirectement
Autrement dit : même si vous payez peu ou pas d’impôt sur le revenu, un RFR trop élevé peut vous fermer beaucoup de portes.
Objectif du jeu : agir sur ce qui alimente le RFR. Pas en fraudant, mais en choisissant des dispositifs qui réduisent vos revenus imposables, ou qui logent vos revenus dans des enveloppes fiscalement plus douces.
Avant les « produits miracles » : les basiques qui font vraiment baisser le RFR
On va commencer par ce qui fonctionne immédiatement et qui est souvent sous-exploité. Pas très sexy, mais diablement efficace.
Les charges déductibles : le levier le plus simple et le plus oublié
Certaines dépenses viennent en déduction directe de vos revenus, donc diminuent mécaniquement votre revenu imposable et votre RFR. Vous n’avez même pas besoin d’ouvrir un PER exotique au Luxembourg pour ça.
Les principales charges déductibles à ne pas oublier :
- Pensions alimentaires versées (sous conditions) : déductibles du revenu global, parfois dans des limites importantes.
- Frais réels pour les salariés : si vous avez beaucoup de frais professionnels (transport, repas, matériel…), passer au réel plutôt que l’abattement de 10 % peut réduire sensiblement votre revenu imposable.
- Épargne retraite « à l’ancienne » : cotisations à certains régimes obligatoires ou facultatifs (type Madelin pour les indépendants, PERP/PER individuel, etc.).
Anecdote : j’ai vu des contribuables perdre le bénéfice de certains plafonds de dispositifs sociaux pour… ne pas avoir pris 30 minutes pour recalculer leurs frais professionnels en « frais réels ». Résultat : RFR en hausse inutile, et avantages perdus pendant plusieurs années. Tout ça pour une case mal cochée.
PER : l’allié (ou pas) pour comprimer son RFR
Le Plan d’Épargne Retraite (PER), c’est clairement la star actuelle pour réduire son revenu imposable, donc son RFR.
Le principe est simple :
- les versements volontaires sur un PER sont déductibles du revenu imposable (dans certaines limites)
- moins de revenu imposable = RFR plus bas
Intérêt majeur :
- vous réduisez immédiatement votre impôt et votre RFR
- vous capitalisez pour la retraite dans une enveloppe fiscalement optimisée
Mais – car il y a un mais – les fonds sont bloqués jusqu’à la retraite sauf cas de déblocage anticipé (achat de la résidence principale, accidents de la vie). Donc oui, c’est un levier puissant… à condition de ne pas avoir besoin de cet argent demain matin.
Typiquement pertinent pour :
- des actifs fortement imposés (TMI 30 %, 41 %, 45 %) qui veulent faire baisser leur RFR pour rester sous certains seuils
- des indépendants ou professions libérales avec des revenus fluctuants, qui peuvent lisser leur fiscalité avec le PER
Astuce pratique : vous pouvez jouer sur le timing des versements. Une grosse prime qui tombe ? Un bonus exceptionnel ? Vider l’intégralité sur un PER n’est pas toujours la bonne idée, mais en orienter une partie peut faire passer sous un seuil de RFR stratégique.
Immobilier locatif : quand les travaux font respirer votre RFR
L’immobilier est souvent présenté comme le terrain de jeu des défiscalisateurs en série. En réalité, la clé pour agir sur le RFR, ce sont surtout :
- les régimes au réel permettant de créer du déficit
- et certains dispositifs de réduction d’impôt qui viennent limiter la fiscalité globale
Trois cas à regarder de près :
- Location nue au réel : vous pouvez déduire les travaux, charges, intérêts d’emprunt. En cas de déficit foncier, une partie peut s’imputer sur le revenu global (jusqu’à 10 700 € par an, dans la plupart des cas). Résultat : votre revenu imposable baisse, votre RFR aussi.
- Location meublée au régime réel (LMNP/LMP) : l’amortissement du bien permet souvent de neutraliser une bonne partie des loyers sur le plan fiscal. Moins de revenus locatifs imposables = RFR plus bas que si vous étiez en nu.
- Arbitrage micro-foncier / réel : rester au micro pour « se simplifier la vie » peut vous coûter cher en RFR si vous avez beaucoup de charges et de travaux.
Le piège fréquent : se lancer dans un dispositif type Pinel uniquement pour « payer moins d’impôt » sans regarder l’impact réel sur le RFR… et surtout la rentabilité nette. Un Pinel mal acheté, c’est une double peine : patrimoine médiocre + dépendance à la carotte fiscale.
Les placements défiscalisants : utiles, mais pas magiques
On arrive aux fameux « produits de défiscalisation ». Ceux qu’on vous vend souvent en fin d’année, avec un ton légèrement paniqué : « il faut se dépêcher avant le 31 décembre ». Respirons.
Quelques points clés :
- beaucoup de ces dispositifs réduisent l’impôt, mais n’agissent pas directement sur le RFR
- certains viennent malgré tout limiter l’imposition de revenus qui seraient sinon réintégrés dans ce RFR
Parmi les placements à regarder, avec des pincettes :
- FIP / FCPI : réduction d’impôt à l’entrée, mais risque élevé, liquidité faible, frais souvent lourds. Impact sur le RFR : indirect, via la réduction d’impôt, mais les éventuelles plus-values futures peuvent alimenter vos revenus imposables.
- Dispositifs Girardin (industriel, social) : très fort levier de réduction d’impôt, mais risque juridique et technique important. Ce ne sont pas des produits « pour faire baisser son RFR », ce sont des produits pour réduire son impôt dans une logique de défiscalisation pure.
- SOFICA : même logique, réduction d’impôt forte, mais placements ultra spécialisés, à réserver aux gros contribuables qui ont déjà optimisé le reste.
Traduction : ces produits ne sont pas la base d’une stratégie RFR. Ce sont des compléments éventuels, quand votre situation patrimoniale est déjà structurée, vos fondamentaux (PER, immobilier, assurance-vie, PEA) bien en place, et que vous savez très exactement ce que vous faites.
Arbitrages patrimoniaux pour un RFR plus léger
Beaucoup d’épargnants raisonnement encore « en taux brut », sans intégrer l’impact du RFR et de la fiscalité globale. Résultat : ils accumulent des placements bancaires imposés au PFU ou au barème… et s’étonnent de voir leur RFR grimper.
Voici quelques grands arbitrages à envisager.
Assurance-vie : enveloppe fiscale et gestion du RFR
L’assurance-vie reste un outil très puissant pour gérer vos revenus sans faire exploser votre RFR :
- tant que vous ne faites pas de rachats, aucun revenu n’est pris en compte dans votre RFR
- en cas de rachat, seule la part d’intérêts est imposée, avec la possibilité d’opter pour le PFU ou le barème
- en jouant sur le timing et le montant des rachats, vous pouvez lisser votre RFR sur plusieurs années
Autre point intéressant : après 8 ans, l’abattement annuel sur les gains (4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple) permet de générer un revenu complémentaire très peu imposé, avec un impact maîtrisé sur le RFR.
PEA : des plus-values qui ne gonflent pas votre RFR (tant que vous ne sortez pas)
Le Plan d’Épargne en Actions (PEA) permet d’investir en actions européennes avec une fiscalité avantageuse après 5 ans de détention :
- tant que vous ne faites pas de retrait, les gains ne sont pas imposés et ne sont pas réintégrés dans le RFR
- après 5 ans, les retraits sont exonérés d’impôt sur le revenu (mais pas des prélèvements sociaux)
Sur le plan du RFR, l’intérêt est clair :
- capitaliser sans augmenter votre RFR année après année
- faire des arbitrages internes (acheter / vendre) sans générer immédiatement de revenus fiscaux
En pratique, un PEA bien géré peut être un excellent outil pour construire un capital boursier sans lourde incidence sur votre RFR pendant la phase de constitution.
Dividendes, intérêts : choisir entre PFU et barème, et impact sur le RFR
Depuis la mise en place du Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU, ou « flat tax » à 30 %), vous avez en principe deux options pour vos revenus de capitaux mobiliers :
- PFU : taxation forfaitaire, simple, mais parfois plus coûteuse si vous êtes faiblement imposé
- option pour le barème : vos dividendes et intérêts sont intégrés à vos autres revenus et taxés selon votre TMI
Et pour le RFR ? Dans les deux cas, ces revenus sont intégrés à la base du calcul (avec quelques subtilités d’abattement pour les dividendes). Donc, multiplier les revenus de ce type sans réflexion, c’est assurer une progression régulière de votre RFR.
Deux pistes :
- privilégier les supports capitalisants (qui réinvestissent les revenus) dans des enveloppes type PEA / assurance-vie
- réserver les placements « distributeurs » (gros dividendes, fonds de distribution) à des enveloppes où leur impact sur le RFR est maîtrisé
Transmission, démembrement et stratégies familiales
On sort un peu du court terme, mais sur plusieurs années, ces stratégies peuvent alléger sensiblement le RFR familial.
Quelques exemples :
- Donations de nue-propriété : vous transmettez la nue-propriété d’un bien à vos enfants, vous conservez l’usufruit (les revenus), mais à terme, cela permettra de réduire la base taxable à l’IFI et de préparer une sortie progressive des revenus de votre patrimoine au moment de la retraite.
- Donation de sommes d’argent : aider financièrement un enfant aujourd’hui, dans le cadre des abattements légaux, peut vous permettre de réduire vos revenus financiers futurs (vous avez moins de capital à placer, donc moins d’intérêts imposables) tout en renforçant le patrimoine global de la famille.
- Arbitrage entre revenus et plus-values : restructurer un patrimoine pour limiter les loyers et dividendes au profit de placements générant surtout des plus-values à long terme, logées dans les bonnes enveloppes.
Évidemment, ce type de stratégie ne se fait pas sur un coin de table. Mais l’idée à retenir est simple : votre RFR n’est pas juste le reflet de vos revenus, c’est aussi le résultat de la façon dont votre patrimoine est organisé.
Adapter sa stratégie RFR à son profil
Vouloir « faire baisser son RFR » n’a aucun sens si on ne précise pas : pourquoi, dans quel horizon de temps, et avec quels moyens.
Trois profils, trois logiques :
- Jeune actif, RFR proche des plafonds pour certaines aides : optimiser les frais réels, commencer un PER modérément, privilégier PEA pour le long terme, utiliser l’assurance-vie comme enveloppe de capitalisation sans rachats précoces.
- Cadre / indépendant TMI 30–41 % avec forte pression fiscale : jouer plus franchement la carte PER, location meublée au réel, arbitrage assurance-vie / PEA pour capitaliser sans gonfler le RFR, éventuellement quelques dispositifs de défiscalisation si la base patrimoniale est solide.
- Pré-retraité / retraité avec patrimoine conséquent : travailler la structure des revenus (moins de revenus fonciers fortement imposés, plus de revenus « filtrés » via assurance-vie / PEA), envisager des donations, réfléchir à la transmission pour soulager progressivement le RFR et l’IFI.
Dans tous les cas, la logique doit être la même : le RFR est un indicateur à optimiser, pas une obsession qui pilote tout. Si vous sacrifiez rentabilité, liquidité et cohérence patrimoniale uniquement pour gagner un plafond d’aide, vous risquez de perdre bien davantage sur le long terme.
Les erreurs fréquentes… et comment les éviter
Pour finir, quelques pièges que je croise régulièrement :
- Tout miser sur un seul levier : se jeter sur un PER gigantesque sans se laisser de marge de manœuvre, ou sur un dispositif Pinel mal situé, juste pour « réduire le RFR ». La diversification des outils reste la meilleure protection.
- Ignorer l’horizon de temps : certains dispositifs enferment votre argent pendant longtemps. Réduire votre RFR cette année pour vous retrouver à court de liquidités dans 3 ans n’est pas une victoire.
- Confondre réduction d’impôt et baisse du RFR : un produit qui vous fait économiser de l’impôt ne fera pas forcément baisser votre RFR, et inversement. Les deux notions sont liées, mais différentes.
- Ne pas regarder les effets de seuil : parfois, il suffit de quelques centaines d’euros de moins de RFR pour garder un avantage bien plus significatif (exonération, aide, prime). Encore faut-il savoir précisément quels sont les seuils qui vous concernent.
- Se fier aveuglément aux « solutions clés en main » : les montages standardisés ne connaissent ni vos projets, ni votre famille, ni vos vrais objectifs. Le RFR se travaille au cas par cas.
En résumé, faire baisser son revenu fiscal de référence, ce n’est pas un coup de baguette magique à base de produit miracle, c’est un ensemble de choix cohérents :
- optimiser les charges déductibles et les bons régimes fiscaux
- utiliser intelligemment PER, immobilier, assurance-vie, PEA
- arbitrer entre revenus immédiats et capitalisation
- penser en termes de projet de vie, pas uniquement d’année fiscale
Et si, en plus, cela vous permet de mieux comprendre comment l’État suit vos revenus à la trace via ce fameux RFR, vous aurez déjà gagné quelque chose : la capacité de décider plutôt que de subir.
